Les péchés de la langue

Beaucoup connaissent bien ces paroles : « Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant mes frères, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission ; oui, j’ai vraiment péché. » Elles sont sans aucun doute des paroles que toute personne sincère pourrait prononcer, car, comme Jacques 3.2 le dit : « Nous trébuchons tous de plusieurs manières. » Mais fixons notre pensée sur deux petits mots : J’ai péché en parole. Jacques les souligne dans la suite du verset que nous venons de citer : « Si quelqu’un ne trébuche point en paroles, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride. » Plus loin dans cet avertissement concernant l’usage de la langue, l’auteur dit :

« De même, la langue est un petit membre, mais elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt ! La langue aussi est un feu ; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins sont domptés et ont été domptés par l’espèce humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel. » (Jac. 3.5-8)

Non seulement nous sommes capables de faire des ravages par les choses que nous disons, mais nous n’arrivons jamais au point où nous n’avons plus besoin de vigilance dans ce domaine. Comme il faut toujours veiller sur un animal dangereux qui ne peut pas être réellement apprivoisé, nous devons veiller continuellement sur nos paroles et bien réfléchir avant de parler. Nous devons imiter le comportement que David essayait d’adopter : « Je veillerai sur mes voies, de peur de pécher par ma langue ; je mettrai un frein à ma bouche, tant que le méchant sera devant moi » (Ps. 39.2).

Jésus, aussi, a parlé de la gravité de pécher en paroles : « Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée. Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné » (Matt. 12.36,37).

Mais pouvons-nous éviter les péchés de la langue si nous ne sommes pas capables de les identifier ? Prenons donc le temps d’énumérer et expliquer brièvement les différents péchés de la langue.

Les mensonges

Commençons par l’un des péchés les plus évidents. Les hommes reconnaissent presque universellement qu’il n’est pas bien de mentir, peut-être parce que personne n’aime qu’on lui mente. Mais étrangement, presque tout le monde se permet, au moins de temps en temps, de mentir aux autres. Nous trouvons de nombreux prétextes pour justifier nos mensonges (pour ne pas offenser, pour protéger, pour éviter une perte financière, ou tout simplement parce qu’on était « obligé » de mentir), mais Dieu, « qui ne ment point » (Tite 1.2) et qui nous appelle à être saints comme lui, nous défend tout mensonge.

« Vous n’userez ni de mensonge ni de tromperie les uns envers les autres. » (Lév. 19.11)

« Il y a six choses que hait l’Éternel et même sept qu’il a en horreur : les yeux hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent, le cœur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères. » (Prov. 6.16-19)

« Les lèvres fausses sont en horreur à l’Éternel, mais ceux qui agissent avec vérité lui sont agréables. » (Prov. 12.22)

« C’est pourquoi, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain. » (Éph. 4.25)

Ces principes ne sont pas simplement pour les autres, et comme nous l’avons souligné dans un numéro assez récent (Vol. 18, No. 3), la fin ne justifie pas les moyens. Parmi les derniers mots de la Bible on trouve ceci : « Pour […] tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre : cela, c’est la seconde mort » (Apoc. 21.8).

Les insultes

Jésus nous défend catégoriquement de lancer des injures (Matt. 5.21,22). Peu importe si « c’est lui qui a commencé ! » La Bible nous dit à plus d’une reprise : « Ne rendez point mal pour mal, ni insulte pour insulte » (1 Pi. 3.9). Si vous n’êtes pas sûr que ce que vous vous apprêtez à dire constitue une parole injurieuse que le Seigneur nous défendrait d’employer, demandez-vous ce que vous ressentiriez si l’on vous le disait. Après tout, nous avons aussi cette règle pour nous guider : « Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux » (Luc 6.31, TOB). Veillez non seulement sur les paroles que vous dites, mais aussi sur le ton que vous employez. Nous savons tous très bien que les paroles apparemment innocentes peuvent être prononcées de manière à blesser, à humilier, à culpabiliser ou à produire d’autres effets négatifs sur ceux qui entendent.

Les murmures

« Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d’eux, qui périrent par l’exterminateur » (1 Cor. 10.10). Murmurer doucement à l’oreille de son enfant pour le calmer n’est clairement pas un péché. Alors, quel est ce péché qui est condamné si sévèrement ? L’apôtre Paul se réfère aux Israélites du temps de Moïse qui « murmurèrent » et provoquèrent souvent la colère de Dieu. Après que Dieu leur avait fait voir son grand pouvoir et sa grâce en les délivrant de l’esclavage en Égypte, ils murmurèrent quand il leur manquait de nourriture (Ex. 16.1-3), quand il leur manquait de l’eau (Ex. 17.1-4), quand ils ne croyaient pas que Dieu leur ferait conquérir le pays de Canaan (Nomb. 14.1-4,36,37), quand Dieu avait puni des rebelles parmi eux (Nomb. 16.1-3,41), et quand ils voulaient autre chose que la nourriture que Dieu leur donnait chaque jour (Nomb. 21.4,5).

Ces exemples nous aident à comprendre la nature de ce péché. Au lieu de supporter gracieusement une situation qui ne plaît pas, ou de parler ouvertement mais respectueusement à ceux qui pourraient y remédier, au lieu de garder sa confiance en Dieu et d’être toujours reconnaissant pour ses diverses grâces, on se plaint à voix basse et l’on crée du mécontentement autour de soi. On sème ainsi la discorde et l’on démoralise les autres. Comme la plupart des péchés de la langue, le problème se trouve au niveau du cœur : on manque de confiance en Dieu, de gratitude et de respect. Jésus dit, en effet : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Matt. 12.34). Ne soyons pas comme les Israélites, mais obéissons au conseil de l’apôtre Paul : « Faites toutes choses sans murmures ni hésitations » (Phil. 2.14).

La calomnie

Calomnier, c’est dire du mal faussement d’autrui, mais il ne s’agit pas forcément d’inventer de toute pièce des mensonges qui n’ont aucune base dans la réalité. Calomnier peut être le fait de dénaturer sciemment quelque chose par de fausses interprétations. Combien de fois avons-nous attribué à quelqu’un des mobiles coupables pour un acte ou une parole, alors qu’il n’avait pas expliqué ce qui le motivait (et nous ne connaissions certainement pas son cœur) ? Parfois l’intention méchante qui a été faussement attribuée à la personne devient une partie intégrante de la rumeur qui sera publiée au loin. Peu importe si je suis convaincu que l’autre a parlé ou agi pour telle raison, je n’ai pas le droit d’affirmer comme une certitude ce que je ne peux pas prouver, surtout si mes paroles auront l’effet de diminuer l’estime des autres pour cette personne. Non seulement je ne dois pas présenter mes soupçons comme des certitudes, mais je ne dois pas non plus intoxiquer mon entourage et le tourner contre quelqu’un par des suggestions, des insinuations ou des sous-entendus.

Une connaissance croise mon chemin sans répondre à ma salutation, et cela me blesse. Je commence à dire aux autres que cette personne est snob ou orgueilleuse. Pourtant, la personne était, en réalité, tellement préoccupée par un problème personnel – la maladie d’un proche, la perte de son emploi, le trouble dans son foyer – qu’il ne m’a ni vu ni entendu. Je l’ai accusé à tort, sans même l’aborder pour demander si je l’avais offensé sans m’en rendre compte, ou s’il avait, lui, un problème que je pourrais l’aider à résoudre. On suppose le pire, et puis on parle aux autres comme s’il s’agit d’un fait établi.

Mais souvent, le calomniateur est tout à fait conscient que ses paroles sont fausses, et il les prononce avec l’intention d’infliger le plus de mal que possible à sa victime. Que ce soit par jalousie, par amertume ou par haine, il n’hésite pas à prononcer des mensonges éhontés pour ruiner une réputation, un commerce, un mariage ou toute autre chose de valeur.

Ce péché figure dans plusieurs listes de choses qui nous souillent et que nous devons rejeter. « … la calomnie, l’orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l’homme » (Marc 7.22,23). « Que […] toute calomnie et toute espèce de méchanceté disparaissent du milieu de vous » (Éph. 4.31). « Renoncez […] à la calomnie » (Col. 3.8).

La médisance

Un autre péché de la langue dont la Parole de Dieu nous met plusieurs fois en garde, c’est la médisance : « Rejetant donc toute malfaisance et toute fraude, la dissimulation, l’envie et toute médisance… » (1 Pi. 2.1). La médisance consiste à révéler les défauts de quelqu’un avec l’intention de nuire. Même quand le mal qu’on dit concernant quelqu’un est réel, nous devons considérer ce qui nous motive. Il y a bien des situations où il peut être nécessaire de dire ouvertement le mal commis par quelqu’un afin de protéger les autres. Par exemple, l’apôtre Paul avertit son collaborateur concernant un certain adversaire à la vérité : « Alexandre, le forgeron, m’a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Garde-toi aussi de lui, car il s’est fortement opposé à nos paroles » (2 Tim. 4.14,15). Mais très souvent, il ne sert à rien de dévoiler les erreurs ou les défauts d’autrui. Si l’on examinait son cœur, on se rendrait compte que l’on est motivé par le plaisir de rabaisser quelqu’un ou de se présenter comme était moralement supérieur à l’autre. Il ne suffit pas d’objecter que vos paroles sont vraies. Sont-elles utiles ou nécessaires ?

Les malédictions

Est-il possible de faire tomber le malheur sur quelqu’un par ses paroles ? Proverbes 26.2 dit : « Comme l’oiseau s’échappe, comme l’hirondelle s’envole, ainsi la malédiction sans cause n’a point d’effet. » Cela pourrait laisser supposer qu’une malédiction méritée est capable de faire du mal. Quoi qu’il en soit, le chrétien ne doit pas maudire un autre, non parce que nous ne croyons pas à l’efficacité des malédictions, mais parce nous ne laissons pas de place dans nos cœurs pour la rancune. Au lieu d’appeler sur quelqu’un le malheur ou la colère divine, nous devons souhaiter pour celui qui agit mal qu’il se repente et reçoive le pardon.

« Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas. » (Rom. 12.14)

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Matt. 5.43-45)

Le blasphème

Le blasphème signifie, selon larousse.com, « parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré ». (Comme nous le voyons en Actes 19.37, le blasphème est à distinguer du sacrilège : le premier consiste en paroles, le second en actes.) Sous la loi de Moïse, c’était un crime qui devait être puni par la peine de mort :

« Celui qui blasphémera le nom de l’Éternel sera puni de mort : toute l’assemblée le lapidera. Qu’il soit étranger ou indigène, il mourra pour avoir blasphémé le nom de Dieu. » (Lév. 24.16)

On blasphème quand on parle mal de Dieu. Paul dit à des Juifs hypocrites : « Car le nom de Dieu est à cause de vous blasphémé parmi les païens » (Rom. 2.24). On blasphème quand on s’attribue des honneurs qui appartiennent à Dieu seul (Apoc. 13.1 ; Jean 10.33), ou quand on accepte que les autres nous les attribuent (Actes 12.20-23 ; 14.11-18). Il y a des chefs religieux de nos jours qui devraient se repentir d’avoir commis du blasphème dans ce sens. Il y a des fidèles qui devraient examiner les paroles de louange qu’ils ont l’habitude d’adresser à des êtres qui ne sont pas Dieu. Ce qu’on justifie comme « vénération » peut bien être, aux yeux de Dieu, du blasphème pur et simple.

Il y a différentes manières de manquer de respect envers Dieu dans nos paroles, en plus des outrages manifestes et du fait d’accepter des honneurs divins. Que ce soit dans l’orgueil, dans la colère ou pour faire rire, des hommes profèrent trop souvent des paroles qui déshonorent Dieu. L’humour ne rend pas acceptable l’irrespect à l’égard de ce qui est saint. Il faut donc veiller soigneusement sur ce qu’on dit quand on parle de Dieu et des choses sacrées. Nous n’approuvons pas les mesures violentes que certains musulmans prennent pour venger l’honneur de leur Dieu et leur prophète, mais nous leur donnons raison en ceci : leur profond respect les amène à comprendre que le Dieu très-haut et sa sainte Parole ne sont pas des sujets appropriés pour les blagues.

Le nom de Dieu pris en vain

« Tu ne prendras pas le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain (Ex. 20.7). On peut prendre le nom de Dieu en vain soit en jurant faussement au nom de Dieu, soit en utilisant son nom comme un juron ou même une simple exclamation que l’on prononce pour exprimer un sentiment quelconque, mais sans penser réellement à Dieu ni lui faire appel. Même certains croyants ont l’habitude de s’écrier sans réflexion, « Oh, mon Dieu ! » ou « Oh, Seigneur ! » quand ils sont surpris par quelque chose, ou simplement quand ils s’asseyent à la fin d’une journée fatigante.

Les Juifs devaient jurer au nom de l’Éternel au lieu de jurer au nom des dieux païens, comme leurs voisins. Mais Jésus nous dit de ne même pas jurer.

« Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment. Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce que c’est son marchepied ; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin. » (Matt. 5.33-37)

Le chrétien devrait avoir la réputation d’être si véridique qu’on ne pense pas avoir besoin de lui faire jurer pour appuyer sa parole.

Les promesses non tenues

L’Ecclésiaste nous offre de bons conseils concernant les promesses que nous faisons à Dieu, et ces conseils s’appliquent également aux promesses que nous faisons aux hommes :

« Ne parle pas précipitamment et ne décide pas trop vite de faire des promesses à Dieu ; Dieu est au ciel et toi, tu es sur la terre. Par conséquent, mesure tes paroles. En effet, plus on parle, plus on risque de prononcer des propos irréfléchis, de même que plus on a de soucis, plus on risque d’avoir de mauvais rêves. Si tu fais une promesse à Dieu, accomplis-la sans retard, car Dieu n’aime pas ceux qui agissent sans réfléchir. C’est pourquoi, tiens ce que tu promets. Il vaut mieux ne pas promettre que de promettre sans tenir parole. Évite les propos qui te rendraient coupable. » (Eccl. 5.1-5, FC)

Les paroles grossières

« Mais maintenant, renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l’animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles grossières qui pourraient sortir de votre bouche » (Col. 3.8). Avant de devenir chrétien, vous aviez peut-être déjà l’habitude d’employer un langage ordurier ou sale. Peut-être que votre entourage parlait de cette façon et que vous ne vous rendiez pas compte que certains de vos mots étaient malséants, obscènes ou offensifs. Étant maintenant enfant de Dieu, il est important d’éliminer de votre vocabulaire quotidien tous les gros mots.

Un dernier mot

Que ce soit le mensonge, les murmures ou les gros mots, évitons avec soin tous les péchés de la langue. Essayons, au contraire, d’employer notre langue pour ne faire que du bien. Gardons à l’esprit cette exhortation de l’apôtre Paul :

« Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent. » (Éph. 4.29)

B. B.
(dans vol. 19, no. 1)