Travaillons ensemble

Il est très beau de voir des chrétiens travailler ensemble dans une franche collaboration pour la gloire de Dieu et l’avancement de la cause de Jésus-Christ. Voici le souhait que l’apôtre Paul exprime dans sa lettre aux Philippiens : « J’aimerais voir que vous tenez bon dans l’unité spirituelle, combattant d’un seul cœur et d’une même âme pour la foi de l’Évangile, luttant comme un seul homme afin que d’autres arrivent à croire la Bonne Nouvelle » (Phil. 1.27, Parole Vivante). Dans ses autres épîtres il compare parfois l’Église à un corps humain ; chaque membre a des capacités particulières à contribuer au bien commun. « Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres… Nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée » (Rom. 12.4-6). Les membres d’une assemblée peuvent accomplir ensemble ce qu’ils seraient incapables de faire si chacun travaillait de façon isolée.

Nous comprenons cette collaboration assez facilement dans le contexte de l’assemblée locale, mais que dire de la coopération entre plus d’une assemblée ? Surtout là où les assemblées ne sont pas grandes, il est claire qu’il pourrait y avoir des avantages dans le fait de réunir des ressources et entreprendre ensemble des efforts collectifs. Mais y a-t-il des dangers dont il faut se méfier ? Y a-t-il des manières d’y procéder sans violer des principes bibliques ou faire ce que la Parole de Dieu n’a pas autorisé ?

Formes de collaboration que nous voyons dans l’Église de la Bible

En lisant le Nouveau Testament, il semble évident que les différentes assemblées n’évoluaient pas dans l’isolement, sans contact avec des chrétiens dans d’autres assemblées locales. Une Église ne s’intéressait pas uniquement à ce qui se passait en son propre sein ; elle cherchait à implanter et à fortifier des assemblées en d’autres communautés, voir d’autres pays. Conduite par le Saint-Esprit, l’Église de la ville d’Antioche envoya Barnabas et Saul (Paul) pour qu’ils prêchent l’Évangile et établissent des assemblées à Chypre, en Phrygie, en Lycaonie et d’autres provinces (Actes 13, 14). À la fin de leur mission, ces deux frères « convoquèrent l’Église, et ils racontèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi » (Actes 14.27). L’assemblée d’Antioche n’a pas assumé un rôle d’« Église-mère » vis-à-vis les Églises locales établies au cours de ce voyage, mais elle démontrait un intérêt fraternel pour leur bien-être. « Paul dit à Barnabas : Retournons visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur pour voir en quel état ils sont » (Actes 15.36).

Quand un frère voyageait vers une autre ville, son assemblée lui remettait une lettre pour l’assemblée qui se trouvait à sa destination : « Comme [Apollos] voulait passer en Achaïe, les frères l’y encouragèrent, et écrivirent aux disciples de le bien recevoir. Quand il fut arrivé, il se rendit, par la grâce de Dieu, très utile à ceux qui avaient cru » (Actes 18.27; voir aussi Rom. 16.1,2). Nous voyons aussi que Paul demandait à tel ou tel frère de se rendre auprès d’une assemblée ailleurs pour l’encourager, l’exhorter ou l’enseigner davantage ou pour lui en apporter des nouvelles (1 Thess. 3.1-3; Col. 4.7,8; etc.). Dans l’autre sens, nous voyons que certaines assemblées contribuaient financièrement aux besoins des serviteurs de Dieu comme Paul pour qu’ils puissent enseigner et fortifier d’autres assemblées (2 Cor. 11.8,9; Phil. 4.14-16).

Notons également que les assemblées se souciaient les unes des autres pour ce qui est des besoins physiques en temps de crise, surtout en ce qui concernait celles qui étaient les plus vulnérables. « En ce temps-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L’un d’eux, nommé Agabus, se leva, et annonça par l’Esprit qu’il y aurait une grande famine sur toute la terre. Elle arriva, en effet, sous [l’empereur] Claude. Les disciples résolurent d’envoyer, chacun selon ses moyens, un secours aux frères qui habitaient la Judée. Ils le firent parvenir aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul » (Actes 11.27-30). À une autre occasion, « les chrétiens de Macédoine et d’Achaïe ont décidé de faire une collecte en faveur des pauvres appartenant au peuple de Dieu à Jérusalem » (Rom. 15.26, FC). Les Églises n’ont pas créé de structure permanente pour de tels efforts, mais chaque assemblée a choisi un membre pour qu’ensemble les frères désignés apportent cette grosse somme d’argent en sécurité et dans la transparence jusqu’à sa destination (2 Cor. 8.16-23).

Formes d’organisation qu’on ne voit pas dans le Nouveau Testament

Dans toutes ces activités d’intérêt commun, aucun siège n’a été établi, aucun bureau exécutif n’a été créé, aucune assemblée générale réunissant les délégués de toutes les Églises locales n’a été organisée, ni pour administrer la vie collective de ces Églises ni pour imposer quoi que ce soit à des assemblées individuelles. Ceux qui prônent la création des ce genre d’organe administratif citent souvent le cas du soi-disant « Concile de Jérusalem » en Actes 15, qui s’est penché sur la question soulevée dans l’Église d’Antioche. « Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères, en disant : Si vous n’êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. Paul et Barnabas eurent avec eux un débat et une vive discussion ; et les frères décidèrent que Paul et Barnabas, et quelques-uns des leurs, monteraient à Jérusalem vers les apôtres et anciens, pour traiter cette question » (Actes 15.1,2). En Actes 15 il n’est pas question de plusieurs assemblées qui envoient des délégués pour former un concile. Il n’est pas question de formuler un programme de réunions annuelles. Il n’est pas question de choisir des officiers tels qu’un président ou un secrétaire-général. Il n’est pas question de dire aux différentes assemblées locales comment elles devaient faire leur travail. En outre, il ne faut pas oublier que les hommes qui ont délibéré sur la question de la circoncision des païens en Actes 15 étaient des hommes inspirés. Dans ce chapitre nous avons tout simplement une assemblée ayant une question qui envoie des messagers pour la présenter à une autre assemblée où il y a des hommes inspirés. Ils sont loin de créer un siège et initier un congrès annuel. Cette réunion ne ressemble aux conciles modernes ni dans sa composition, ni dans son but, ni dans son origine.

Un aspect nécessaire à un retour à la Bible

Il y a plus de deux cents ans aux États-Unis, bon nombre de croyants commencèrent à voir comme un mal la multiplicité d’Églises ayant chacune son nom et ses doctrines qui la distinguaient des autres. Ils ont compris que ce phénomène était contraire à la volonté du Seigneur (Jean 17.20,21; 1 Cor. 1.10-13). Ils se sont dit que ce qu’ils avaient en commun, c’était la Bible, et qu’ils pourraient faire beaucoup de progrès vers l’unité s’ils laissaient de côté toute doctrine et toute pratique qui n’étaient pas clairement autorisées dans le Nouveau Testament. Ils ont conclu, en outre, qu’ils ne pourraient jamais être sûrs de la faveur de Dieu s’ils faisaient ce qui n’était pas enseigné dans sa Parole (Matt. 15.9; 2 Jean 9-11; etc.). Ils se mirent à appeler tout le monde à faire retour à la Bible, à être tout simplement chrétiens. Au lieu de créer une nouvelle dénomination, ils voulurent retrouver la simplicité de l’Église que Jésus avait promis de bâtir (Matt. 16.18). Ceux qui lançaient cet appel se trouvaient en différents états et n’étaient souvent pas au courant du fait que des personnes ailleurs tentaient la même chose.

Dans l’État de Kentucky, les membres et les dirigeants d’un groupe d’assemblées presbytériennes acceptèrent le principe de suivre la Bible comme seul guide. Ce principe, pourtant, les amena bientôt à douter du bien-fondé de leur existence en tant qu’organisation, qu’ils avaient nommé le « Presbytère de Springfield ». Ce n’est pas qu’ils étaient découragés par la lenteur des conversions. Au contraire, dans la première année de leur existence, ils avaient présidé à la création d’une quinzaine d’assemblées locales. Mais dans leur étude de la Bible, ces hommes n’ont trouvé aucune justification pour soutenir l’existence ni de leur dénomination ni de leur rôle à sa tête. Ces dirigeants entreprirent donc une action courageuse et inédite : ils rédigèrent un document pour renoncer à leur propre autorité religieuse et dissoudre volontairement l’organisation qu’ils avaient créée. Ce document, parfois un peu humoristique, prit la forme du testament d’une personne sur le point de mourir et exprimant ses dernières volontés. Le titre du document est, en effet, « Testament et dernières volontés du Presbytère de Springfield », signé le 28 juin 1804.

En voici un extrait :

« Nous voulons que ce corps meure, qu’il soit dissout, et qu’il devienne un avec le corps de Christ… car il n’y a qu’un seul corps, et un seul Esprit, comme aussi nous avons été appelés à une seule espérance par notre vocation.

« Nous voulons que notre nom de distinction, avec son titre révérend, soit oublié, et qu’il n’y ait qu’un seul Seigneur sur l’héritage de Dieu et que son nom soit unique.

« Nous voulons que notre pouvoir de faire des lois pour gouverner l’Église soit aboli à jamais, que le peuple ait libre accès à la Bible et qu’il adopte la loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ…

« Nous voulons que le peuple prenne désormais la Bible comme le seul guide sûr pour aller au ciel. »

Quelques années plus tard, dans l’État d’Ohio, des Églises Baptistes ont créé « l’Association de la Mahoning ». En 1827 elle engagea comme évangéliste un homme du nom de Walter Scott. Pendant trois ans cette dénomination a connu une croissance rapide, avec plus de mille baptêmes chaque année. Scott prêchait un retour au christianisme du Nouveau Testament et la nécessité d’avoir de l’autorité biblique pour tout ce qu’on enseignait ou pratiquait. En écoutant cette prédication, quelques-uns commencèrent à se demander quel passage biblique autorisait l’existence de leur propre organisation, l’Association de la Mahoning. Alors, en août 1830, lors de sa convention annuelle, l’association prit la résolution de se dissoudre. Les Églises locales qui avaient composé cette organisation continuèrent d’exister et même de grandir ; elles continuèrent d’organiser de grandes rencontres pour s’exhorter et s’inspirer. Mais l’organisation formelle, son planning centralisé, ses déclarations officielles au nom de toutes les assemblées locales – tout cela a pris fin.

La possibilité de réintroduire ce qu’on a rejeté

Malheureusement, quelques-uns de ceux qui s’étaient dégagés de structures non-bibliques sont tombés plus tard dans un piège. Ils ont donné leur consentement à la création de « réunions de coopération ». Chaque assemblée dans un district ou un état envoyait des délégués qui, une fois rassemblés, s’organisaient en choisissant présidents, secrétaires-généraux, trésoriers, etc. Ils prétendaient, peut-être sincèrement, que leur objectif n’était pas de violer l’autonomie des assemblées locales en faisant des lois pour elles, mais de s’entretenir sur les moyens d’évangéliser les communautés où se trouvaient les assemblées-membres. Par leurs délégués, les assemblées promettaient certaines sommes d’argent pour financer la prédication de l’évangile. « Les réunions de coopération » choisissaient alors des évangélistes, fournissaient leurs salaires et les autorisaient à travailler dans telle ou telle zone.

La suite logique de cette façon de procéder au travail fut l’organisation en 1849 de ce qu’on appelait « la Société Missionnaire ». Elle adopta un règlement intérieur qui fixa le niveau de cotisations à verser pour y faire partie et qui donna au bureau exécutif le pouvoir de nommer des missionnaires, décider de leur soutien et de leur champ de travail, les superviser, les renvoyer en cas de besoin et présenter un rapport sur leurs activités lors de la convention annuelle. N’importe quelle assemblée, n’importe quel individu pouvait y adhérer à condition de verser la cotisation exigée. On prétendait que cette organisation n’avait pas d’autre but que d’aider les assemblées dans la tâche d’évangélisation du monde et qu’elle ne représentait aucune menace au principe de l’autonomie des assemblées.

De nombreuses assemblées choisirent de ne pas participer à la « Société » ou s’en retirèrent après avoir mieux compris son fonctionnement. Elles trouvaient que ni son existence ni son mode de financement n’était autorisé par la Bible. Certaines trouvaient, en plus, que malgré les promesses, la Société Missionnaire empiéterait inévitablement sur l’indépendance des assemblées. Ils n’ont pas eu tort.

Moins de 15 ans après sa création, la société se permettait de faire des déclarations sur la politique nationale au nom de toutes les assemblées, comme si elle était leur porte-parole officielle. De plus en plus, des évangélistes et des assemblées qui ne soutenaient pas la Société étaient calomniés ou tenus à l’écart. Trente ans après sa création, les Sociétés Missionnaires des différents états essayaient de consolider leur pouvoir sur les Églises dans leurs états respectifs. Au Mississippi, la Société mettait tout en œuvre pour que les titres fonciers de tous les lieux de culte des Églises du Christ soient faits à son nom ; au Kansas et en Caroline du Nord, les Sociétés voulaient empêcher que des assemblées engagent des prédicateurs qui n’avaient pas été approuvés et ordonnés par la Société. Au Missouri, la Société se dota de l’autorité de superviser toutes les écoles dans l’état que les frères avaient créées.

L’espace ne permet pas de retracer toute l’évolution de ces institutions, mais les Églises qui ont pris le chemin des « réunions de coopération » et des « Sociétés Missionnaires », connues sous le nom, « Disciples du Christ », finirent en 1968 par mettre en place une structure internationale qui légifère sur la doctrine aussi bien que les affaires pratiques, et qui ne fait même plus semblant de respecter l’autonomie des Églises locales. Les voilà donc revenus à la case départ : ceux qui s’étaient libérés d’une forme de gouvernement non-biblique afin d’être tout simplement l’Église de la Bible se retrouvent une fois de plus avec une bureaucratie étrangère à la Parole de Dieu.

Avec cela ils ont compromis un tas de convictions bibliques sur l’adoration, le plan du salut, le rôle des femmes, l’inspiration de la Bible, la nécessité de la foi en Jésus-Christ pour avoir accès à Dieu, et bien d’autres sujets. Ces Églises servent ainsi de triste illustration d’un principe que nous avons souligné il y a très longtemps dans un autre numéro de Chemin de Vérité :

« L’abandon de l’autonomie des Églises représente déjà une apostasie, mais elle facilite l’apostasie sur d’autres plans. Quand toutes les Églises sont indépendantes et qu’une Église locale s’égare par une erreur doctrinale, les autres Églises peuvent rester dans la vérité. Elles ne seront pas forcément contaminées par la fausse doctrine. Par contre, quand les Églises sont soumises à une direction régionale ou nationale et qu’une erreur s’introduit au niveau de la direction, la fausse doctrine s’étend rapidement sur toute l’Église. La hiérarchie est presque toujours dotée de certains moyens pour assurer la conformité des Églises locales, que ce soit des pressions sociales ou des pressions financières. » (« L’autonomie des Églises »)

Et tout a commencé par le fait de vouloir améliorer le dessein de Dieu selon lequel son œuvre dans le monde doit se faire dans le cadre des Églises locales dont la Bible nous parle. Reconnaissons la sagesse de Dieu et suivons son plan. L’autonomie des assemblées ne les oblige pas à vivre dans l’isolement, sans possibilité de s’entraider ; elle n’exclut ni la collaboration volontaire ni la communion fraternelle ni le soutien moral ou matériel à des assemblées sœurs. On n’a pas besoin de créer des associations distinctes de l’Église, de nommer des présidents ou des trésoriers, de s’arroger le pouvoir de régler des problèmes internes des assemblées, d’agir comme porte-parole des Églises, ou de décider d’un programme de travail collectif pour tous les jeunes, ou toutes les femmes, ou tous les évangélistes dans un pays ou un district.

Que nos assemblées organisent des rencontres, des retraites, des conférences et séminaires, des débats publiques, des stages de formation biblique, etc. Qu’elles invitent les autres assemblées à y prendre part. Si l’événement concerne juste des femmes ou des adolescents ou des couples mariés, qu’elles invitent les femmes, ou les adolescents ou les couples mariés des autres assemblées. On n’a pas besoin de créer un bureau exécutif – vous serez agréablement surpris en voyant ce qui peut se réaliser quand nous communiquons les uns avec les autres et que nous avons un esprit d’amour et de partage. « Combattant d’un seul cœur et d’une même âme pour la foi de l’Évangile, luttons comme un seul homme afin que d’autres arrivent à croire la Bonne Nouvelle. »

B.B.


Note : Dans beaucoup de pays, les autorités exigent que les Églises demandent formellement la reconnaissance légale afin de fonctionner librement sur leur territoire. Pour des assemblées qui partagent la même foi mais qui désirent conserver leur autonomie, la situation peut être délicate. On veut bien obéir aux autorités (Romains 13.1-7), mais on doit prendre soin en formulant des statuts et des règlements intérieurs de ne pas accorder à ceux qui auront la tâche de nous représenter auprès des autorités un autre rôle. Il ne faudrait pas suivre aveuglément le modèle d’un autre groupe religieux et attribuer à nos représentants des pouvoirs réels sur l’Église du Seigneur. Veillons également à choisir des représentants qui sont humbles et qui n’ont même pas le désir de présider, ni à des activités collectives de plusieurs assemblées ni aux affaires de telle ou telle assemblée locale autre que la leur. 

L’autonomie des Églises

Les Églises du Christ cherchent de toute leur force à retrouver le christianisme des débuts. Elles désirent se libérer des traditions des hommes et des divisions afin de vivre leur foi dans la simplicité et la pureté, prenant pour seul guide les Saintes Écritures.

Un principe essentiel dans cet effort de restaurer l’Église telle qu’elle était aux temps des apôtres a toujours été le respect de l’autonomie des assemblées locales. Ce principe fut reconnu très tôt dans les efforts de restauration aux États-Unis. Le conseil régional qui gouvernait une dénomination dans l’état du Kentucky (USA), reconnaissant que sa propre existence était contraire aux principes bibliques, a même rédigé en 1804 son « Testament », un document par lequel le conseil s’est dissous lui-même (The Last Will and Testament of the Springfield Presbytery). Ses membres voyaient que le conseil était en lui-même un obstacle au but de retrouver le christianisme des débuts. Les Églises qui avaient été gouvernées par ce conseil devinrent indépendantes, liées seulement par l’amour fraternel, la foi, et le même désir de suivre la Bible seule.

Plus tard, quelques-unes de ces mêmes Églises ont compromis le principe de l’autonomie par la création d’une organisation, appelée « Société Missionnaire », pour diriger l’œuvre missionnaire de toutes les Églises. Les assemblées affiliées à cette organisation perdirent de plus en plus leur indépendance sur d’autres plans, aussi, et finirent par se retrouver avec les mêmes structures, pratiques, et croyances que les dénominations qu’elles avaient abandonnées. Cela démontre clairement, en effet, qu’il ne faut pas cesser d’enseigner un principe biblique en supposant qu’il est accepté de tous. L’Écriture nous avertit : « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » (1 Corinthiens 10.12).

Dans cette étude nous voulons examiner la question de l’autonomie des assemblées pour mieux comprendre les raisons et mieux apprécier l’importance du principe.

I. Définition de l’autonomie

Que signifie l’autonomie des Églises ? L’expression se réfère surtout au droit de chaque Église locale de s’autogouverner. Une assemblée autonome est une unité qui se gouverne elle-même. Elle n’est assujettie ni à une « Église Mère » ni à un conseil régional, national ou mondial, ni à une assemblée générale composée de délégués de toutes les Églises locales. Elle gère ses propres finances, choisit ses propres conducteurs, et fixe son propre programme de travail. De même, elle n’a aucun droit sur d’autres assemblées locales se trouvant ailleurs.

Des assemblées autonomes ont des relations fraternelles entre elles et peuvent s’entraider et coopérer ensemble pour avancer la cause du Christ tant que leur indépendance est respectée.

Il ne s’agit pas bien sûr d’être autonome ou indépendant de l’autorité du Christ, mais par rapport à d’autres assemblées ou organisations.

II. Pourquoi les assemblées locales doivent-elles être autonomes ?

A. L’autonomie est biblique.

1. L’autonomie vue par l’autorité limitée des anciens

Les Églises, comment étaient-elles gouvernées ? Au niveau des Églises locales, on constate l’autorité d’un groupe d’hommes appelés anciens, évêques ou pasteurs. Actes 14.23 nous dit que Paul et Barnabas « firent nommer des anciens dans chaque Église. » L’Église à Philippes avait ses évêques et ses diacres (serviteurs) (Philippiens 1.1). Paul détailla pour Tite les qualifications requises pour être ancien, afin qu’il « établisse des anciens dans chaque ville, s’il s’y trouve quelque homme irréprochable » (Tite 1.5,6). En Actes 20.17,28 nous lisons que « de Milet Paul envoya chercher à Éphèse les anciens de l’Église. » Quand ils furent arrivés il leur dit : « Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel (selon la version Colombe, “au sein duquel”) le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Église du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang. » Ces hommes exerçaient leur ministère d’évêque au sein d’un troupeau, c’est-à-dire d’une seule Église locale, celle d’Éphèse.

En 1 Pierre 5.1-4, nous voyons deux niveaux d’autorité. Il adresse des exhortations aux anciens qui doivent paître le troupeau de Dieu, ce qui laisse entendre qu’ils étaient des pasteurs, ou bergers. Il leur promet une récompense quand le souverain pasteur apparaîtrait. Le souverain pasteur est, bien sûr, Jésus, celui qui est établi sur l’Église entière. Les pasteurs qui travaillent sous son autorité sont les anciens qui servent dans les Églises locales. Plusieurs choses dans ce passage indiquent que la surveillance d’un ancien est limitée à sa seule Église locale :

« Faites paître le troupeau de Dieu qui est sous votre garde » (selon la Colombe, « qui est avec vous ») : Un berger ne peut prendre soin que du troupeau avec lequel il est.

« Ceux qui vous sont échus en partage » : L’autorité d’un ancien ne s’étendait pas sur tous les chrétiens, mais seulement sur ceux qui lui étaient échus en partage, c’est-à-dire, son Église locale.

« Étant les modèles du troupeau » : Par ses anciens, une Église avait ceux qui lui servaient d’exemples au milieu d’elle, là où leur vie quotidienne pouvait être constamment observée. Un évêque ne peut pas être un exemple direct et efficace pour une Église où il n’est pas en contact constant avec les membres.

Établir un homme comme pasteur ou évêque ayant la surveillance de toutes les Églises locales dans un secteur donné serait violer le modèle donné dans le Nouveau Testament et tordre le sens des mots bibliques. Celui que la Bible charge de surveiller l’Église ne peut exercer sa fonction que dans l’Église locale où il est lui-même membre.

2. L’autonomie vue par l’existence de seulement deux niveaux d’organisation dans l’Église

Quand on considère l’organisation de l’Église du Seigneur, on s’aperçoit que le mot Église est employé principalement dans deux sens. Selon le premier sens, l’Église est unique. Jésus dit : « Sur ce roc je bâtirai mon Église » (Matthieu 16.18). Dieu a tout mis sous les pieds de Jésus et « l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps » (Éphésiens 1.22,23). Or, « il y a un seul corps » (Éphésiens 4.4). Cette unique Église est composée de tous les chrétiens. « Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés » (Actes 2.47).

Au premier siècle, ces chrétiens ou sauvés étaient regroupés en Églises, désignées, non par leurs croyances distinctives, mais par le nom de leur localité ou même de leur lieu de réunion. Là nous trouvons le deuxième sens du mot Église, celui d’une assemblée locale. Voyons des exemples : « Il y avait dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs… » (Actes 13.1). « Il parcourut la Syrie et la Cilicie fortifiant les Églises » (Actes 15.41). « Toutes les Églises de Christ vous saluent » (Romains 16.16). « Paul,… à l’Église de Dieu qui est à Corinthe » (1 Corinthiens 1.1,2). « Timothée… vous rappellera… quelle est la manière dont j’enseigne partout dans toutes les Églises » (1 Corinthiens 4.17). « Agissez, vous aussi, comme je l’ai ordonné aux Églises de la Galatie » (1 Corinthiens 16.1). « Les Églises d’Asie vous saluent. Aquilas et Priscille, avec l’Église qui est dans leur maison, vous saluent beaucoup dans le Seigneur » (1 Corinthiens 16.19). « Paul,… à Philémon,… et à l’Église qui est dans ta maison » (Philémon 1,2). Le mot « Église » est parfois employé pour désigner une réunion de l’Église d’une localité : « Dans l’Église j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres » (1 Corinthiens 14.19).

Ces Églises locales sont les seules unités d’organisation mentionnées dans le Nouveau Testament.

Nous avons déjà vu que Jésus « est la tête du corps de l’Église » (Colossiens 1.18) et « chef suprême à l’Église » (Éphésiens 1.22). Il est d’ailleurs le seul chef de l’Église connu par la Bible. On peut dire, donc, que le seul siège de l’Église, c’est le ciel, là où se trouve ce chef. Jésus règne sur son Église à travers sa Parole, transmise par des hommes inspirés. Les apôtres ne parlaient pas de leur propre chef. Paul dit aux Corinthiens : « Si quelqu’un croit être prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur » (1 Corinthiens 14.37). Aux Galates il écrit : « Je vous déclare, frères, que l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est pas de l’homme ; car je ne l’ai reçu ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ » (Galates 1.11,12).

Nous voyons donc deux niveaux d’organisation dans l’Église : l’Église entière, sur laquelle préside le souverain pasteur (Jésus), et les Églises de chaque localité au sein desquelles travaillent les autres pasteurs (les anciens). La Bible ne parle pas d’autre unité d’organisation.

Créer un autre niveau serait aller au-delà de ce qui est écrit, faire ce qui n’est pas autorisé (1 Corinthiens 4.6; 2 Jean 9-11). Ce serait commettre un péché au même titre que le fait d’incorporer dans l’adoration de Dieu des actes que le Nouveau Testament ne recommande pas, tels que les instruments de musique, les bougies, la danse, les statues, etc.

3. L’autonomie vue par la responsabilité des Églises locales de maintenir la pureté de doctrine et de vie

En Apocalypse chapitres 2 et 3, Jésus passe en revue les cas des sept Églises de l’Asie auxquelles s’adresse la lettre. Il devient évident par la lecture que chaque assemblée est tenue responsable pour son comportement et pour ce qu’elle permet d’être enseigné en son sein. Par exemple, le Seigneur félicite l’Église d’Éphèse d’avoir éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas et de les avoir trouvés menteurs (Apoc. 2.2). Il reproche l’Église de Pergame ainsi : « Mais, j’ai quelque chose contre toi, c’est que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam » (Apoc. 2.14). Elle est donc appelée à se repentir (Apoc. 2.16). À l’Église de Thyatire, il dit : « Ce que j’ai contre toi, c’est que tu laisses la femme Jézabel… enseigner et séduire mes serviteurs » (Apoc. 2.20). Par contre, à l’Église de Philadelphie, il dit : « Tu as gardé la parole de la persévérance en moi » (Apoc. 3.10).

De même, Paul accuse les Églises de la Galatie de s’être détournées pour passer à un autre évangile (Gal. 1.6) et félicite l’Église de Thessalonique d’être devenue un modèle pour tous (1 Thessaloniciens 1.7). Chaque Église était indépendamment responsable de maintenir son propre respect de la Parole de Dieu. Une assemblée qui est sous les ordres d’une hiérarchie quelconque n’est plus responsable tant qu’elle se soumet à ses supérieurs hiérarchiques. Le fait que les Églises locales étaient considérées dans le Nouveau Testament comme étant responsables confirme donc le fait qu’elles étaient autonomes.

Si la Bible enseigne donc que les Églises locales sont autonomes et que Dieu n’a pas pourvu d’autre forme d’organisation pour l’Église, cela doit nous suffire. S’éloigner du modèle biblique pour l’organisation de l’Église serait être infidèle envers la Parole de Dieu.

B. L’autonomie est efficace.

L’autonomie des Églises n’est pas seulement biblique, elle est efficace. Jésus dit : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création » (Marc 16.15). Trente-quatre ans plus tard, l’apôtre Paul dit en Colossiens 1.23 que l’évangile avait été prêché à toute créature sous le ciel. Ce succès extraordinaire fut atteint sans autre organisation que celle des Églises locales. Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire la même chose de nos jours ? Le problème n’est pas un manque de structures d’organisation, mais le fait que nous négligeons de nous servir pleinement de l’organisation que le Seigneur a pourvue.

Le travail d’évangélisation fut entrepris et financé sans la création de « missions », de « sociétés missionnaires », ou d’autres institutions. Quand Paul évangélisait à Corinthe, par exemple, il recevait de la part d’autres Églises un salaire (2 Corinthiens 11.8). Quand il était à Thessalonique, il recevait de l’aide de l’Église à Philippes (Philippiens 4.16). Ce soutien venait de la part des Églises locales et non pas d’une organisation d’origine humaine.

Les œuvres de bienfaisance étaient également entreprises par les Églises locales de manière très simple et directe. Par exemple, en Actes 11.27-30, nous voyons que l’Église d’Antioche fut mise au courant d’un besoin en Judée. « Les disciples résolurent d’envoyer, chacun selon ses moyens, un secours aux frères qui habitaient la Judée. Ils le firent parvenir aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul. »

Ce que Dieu veut que son Église fasse, elle peut le faire par le moyen des Églises locales. Ce que des Églises locales ne peuvent pas être capables de faire n’est pas une œuvre que l’Église est chargée de faire, car l’Église du Seigneur n’a pas d’autre organisation que les assemblées.

C. L’autonomie est une sécurité contre l’apostasie.

L’abandon de l’autonomie des Églises représente déjà une apostasie, mais elle facilite l’apostasie sur d’autres plans. Quand toutes les Églises sont indépendantes et qu’une Église locale s’égare par une erreur doctrinale, les autres Églises peuvent rester dans la vérité. Elles ne seront pas forcément contaminées par la fausse doctrine. Par contre, quand les Églises sont soumises à une direction régionale ou nationale et qu’une erreur s’introduit au niveau de la direction, la fausse doctrine s’étend rapidement sur toute l’Église. La hiérarchie est presque toujours dotée de certains moyens pour assurer la conformité des Églises locales, que ce soit des pressions sociales ou des pressions financières.

L’apostasie se produit presque toujours de manière progressive, petit à petit. L’organisation centrale adopte une pratique ou prend une mesure qu’une Église locale n’approuve pas vraiment. Même quand l’affiliation au siège est volontaire, l’assemblée ne veut pas tellement se faire remarquer de manière négative par le fait de protester. Elle se dit que l’action en question n’est pas suffisamment sérieuse pour qu’elle se retire de l’association, et elle finit par s’habituer à la nouvelle pratique. Ensuite vient un autre petit changement de la part du siège ou de l’assemblée générale, et le même processus se répète où l’Église finit par accepter les erreurs malgré elle-même. La création d’une forme d’organisation non biblique permet d’accélérer l’apostasie et de contaminer toutes les Églises du haut en bas. L’autonomie des Églises est un moyen pourvu par Dieu pour limiter la progression de l’erreur.

Les Églises de Christ ne constituent pas une dénomination de plus qui vient s’ajouter à la confusion du monde dit « chrétien ». Elles cherchent à se conformer en toutes choses à la Parole du Seigneur. Elles prêchent les mêmes conditions de salut que celles prêchées par les hommes inspirés du premier siècle. Elles adorent Dieu en esprit et en vérité en observant tout simplement ce qui est indiqué dans le Nouveau Testament. Elles respectent aussi les choix de Dieu pour l’organisation de l’Église. Dans la mesure où un groupe de croyants s’éloigne du modèle biblique en ce qui concerne l’un ou plusieurs de ces aspects de la vie de l’Église, ce groupe cesse d’être l’Église du Seigneur et se redéfinit comme une création des hommes.

Une revue chrétienne portait auparavant le nom « Découvrons, restaurons ». L’appel était de découvrir par la Bible la nature de l’Église que Jésus a bâtie, et de la restaurer. C’est un défi digne d’être relevé et une œuvre que Dieu bénira.

B.B.

(dans Vol. 3, No. 1)